Le centre d’art numérique Culturespaces propose depuis le 13 février 2026 deux magnifiques expositions immersives : « Picasso, l’art en mouvement » et « Frida Kahlo, en plein cœur ». Si vous souhaitez vivre une expérience artistique unique aux Carrières des Lumières, je vous invite à lire ce bel échange avec Virginie Martin, la directrice artistique, passionnée d’art et de scénographie.
Par Diane Cardoso-Gomes

Bonjour Virginie, je suis ravie de partager ton parcours et ces deux expositions sur Provence Latina News. Dans un premier temps, peux-tu te présenter auprès de nos lecteurs ?
Virginie : Architecte de formation et motion designer, je me consacre aujourd’hui à la direction artistique d’expositions immersives. Grâce aux technologies numériques, j’imagine des récits où se rencontrent l’image en mouvement, la musique et l’architecture – notamment pour ces deux nouvelles créations aux Carrières des Lumières. En m’appuyant sur de grandes figures de l’histoire de l’art, je propose aux visiteurs de traverser des environnements sensibles, visuels et sonores, qui transforment l’espace en vecteur d’émotion. Ces expériences invitent le public à ressentir le geste, l’élan d’innovation et la vision singulière d’artistes qui ont révolutionné l’Art. Elles réunissent de nombreux talents créatifs, studio de réalisation et studio sonore, pour emmener le visiteur vers une autre réalité.
Pourquoi avoir choisi le format immersif ?
Virginie : Une exposition immersive permet de placer le visiteur au cœur des œuvres. C’est un voyage dans l’univers d’un(e) artiste d’exception, qui permet d’observer le monde par le prisme de son regard et de son imagination. C’est une manière d’aborder l’art physiquement, de se laisser guider par les couleurs et les formes, et de ressentir des émotions que transmet entre autres la musique, véritable protagoniste de l’expérience qui reflète le tempérament de l’artiste.
Grâce au numérique, nous pouvons réunir un nombre considérable d’images d’œuvres (650 pour Picasso, et 75 pour Frida Kahlo), un atout majeur de l’immersif qui permet de proposer une rétrospective d’une ampleur qui aujourd’hui serait presque impossible dans un musée. Ce type d’expérience ouvre la possibilité d’entrer de pleins pieds dans les œuvres, au-delà du cadre de la toile, et d’en ressentir la profondeur émotionnelle qui évolue suivant les différentes périodes de l’artiste.
L’exposition « Picasso, l’art en mouvement » a été présentée en 2025 à l’Atelier des Lumières à Paris, connaissant la spécificité du lieu, comment as-tu réussi à adapter cette exposition aux Carrières des Lumières aux Baux-de-Provence ?
Virginie : Chaque site présente ses avantages et ses propres défis techniques. Une même exposition peut être perçue de manière totalement différente d’un site à l’autre, car l’espace joue un rôle clé dans la façon dont les œuvres se dévoilent et se vivent. Aux Carrières des Lumières, la proximité du visiteur avec les parois, la sensation d’immensité et de verticalité qui nous enveloppent, nous fait sentir finalement petit face à ses grands volumes et renforce l’immersion. Pour les visiteurs, à l’inverse de l’Atelier des Lumières qui sont plus proche d’une vision cinématographique à 360°, les Carrières des Lumières offrent une multitude de surfaces de projection avec des arêtes franches, des perspectives multiples. Il faut un temps pour comprendre ce labyrinthe minéral tant il est impressionnant, et c’est ce qui le rend fascinant : il accentue la sensation de pertes de repères. Les aspérités des parois soulignent la matière de la peinture. Elles résonnent particulièrement avec la pensée cubiste de Picasso, en permettant de ressentir la déstructuration et la multiplication des points de vue. La mise en scène se sert de l’espace pour incarner la vision de l’artiste, dans les proportions spectaculaires de ce site.

Très attachée à la culture mexicaine, la création de l’exposition « Frida Kahlo, en plein cœur » a provoqué une émotion particulière j’imagine…
Virginie : Frida Kahlo est une artiste intemporelle que je rêvais de raconter depuis longtemps. Le Mexique que j’ai découvert au fil de mes voyages, m’a profondément marquée : les couleurs vives et contrastées, son architecture, cet équilibre fascinant entre tradition et modernité. Et Frida Kahlo est une artiste qui cristallise tout cela dans ses œuvres, nourries d’influences multiples qui peuplent son art autobiographique : l’art pré-colombien, le spirituel, l’artisanat, l’engagement politique, le féminisme. Elle aborde ces thèmes avec une modernité saisissante.
Son art, foisonnant de détails et de symboles, offrait un immense potentiel narratif. Dans cette exposition, l’émotion et l’intime tissent le fil conducteur du parcours, qui s’éveille au battement d’un cœur, pour raconter un parcours de vie oscillant entre force et fragilité. On n’en sort pas indemne, tant elle soulève des questions profondément universelles.

Quel message souhaiterais-tu transmettre aux jeunes qui liront cette interview ?
Virginie : Que l’art est un voyage intérieur. Il est une merveilleuse porte d’entrée vers une autre dimension. Trop souvent sous-estimé dans notre quotidien, il est pourtant essentiel, peut-être plus encore aujourd’hui : il bouscule le conventionnel, dépasse les limites du réel et offre une infinité de chemins pour s’évader. Les arts visuels, les arts vivants, la musique, la littérature permettent de découvrir d’autres visions dès le plus jeune âge, d’enrichir notre regard sur le monde.
Les expositions immersives ouvrent un passage sur une autre réalité accessible à tous, aux passionnés comme aux novices.
