Thalys Beltram propose une jolie carte de saveurs latino-américaines dans son restaurant La Musa (Saint-Jean-Cap-Ferrat)

Sur le port de Saint-Jean-Cap-Ferrat, le restaurant La Musa s’est rapidement imposé comme un lieu à part, où l’on vient autant pour l’atmosphère que pour la cuisine. Dans un cadre ouvert sur la mer, cet établissement propose une interprétation moderne des saveurs latino-américaines, entre fraîcheur, générosité et précision. À l’origine du projet, Thalys Beltram incarne une nouvelle génération de restaurateurs : engagée, intuitive et attentive à l’expérience globale. Dans cette interview, Thalys nous partage ses inspirations et sa manière de concevoir aujourd’hui un restaurant comme un espace de rencontre, d’émotion et de partage.

Par Diane Cardoso-Gomes

Bonjour Thalys, merci pour ton accueil dans ton bel établissement de la Côte d’Azur.

Peux-tu partager auprès de nos lecteurs tes origines et ton lien particulier avec la culture latino-américaine ?

Thalys : Mes origines sont européennes — ma mère est italienne, mon père espagnol — et j’ai grandi en France. Mais ce qui a tout changé, c’est Cuba. J’ai des racines cubaines, et cette culture-là, elle m’a construite profondément. C’est vraiment le cœur de qui je suis. La musique, les couleurs, la générosité, les saveurs — tout ce que Cuba transmet, c’est ce que j’essaie de mettre dans mon restaurant chaque jour. Et la vie a continué à me rapprocher de l’Amérique latine : mon mari est dominicain, mes équipes sont colombiennes, et ce sont des pays et des peuples que j’aime sincèrement, pas par hasard mais par choix et par passion.

Pourquoi as-tu choisi ce nom de restaurant La Musa ?

Thalys : La Musa, c’est un clin d’œil à Saint-Jean-Cap-Ferrat, mon village. Peu de gens le savent, mais à l’époque, le Cap-Ferrat était un véritable refuge pour les artistes — peintres, écrivains, musiciens — qui venaient s’y inspirer. Ce village a été une muse pour beaucoup de grands noms. J’ai voulu retransmettre cet esprit-là avec mon restaurant, qui est d’ailleurs autant un concept store qu’une table : tout ce que vous voyez est en vente, et nous accueillons régulièrement des artistes locaux qui exposent leurs œuvres. La Musa, c’est un lieu vivant, créatif, en mouvement — exactement ce que j’aime.

Comment sélectionnes-tu les plats que tu décides de mettre à la carte ?

Thalys : On change notre carte tous les six à huit mois, au rythme des saisons. La sélection, c’est vraiment un travail d’équipe et de ressenti. On commence par cuisiner ensemble, on teste entre nous, on discute, on ajuste. Ensuite on fait appel à nos clients fidèles pour une session de dégustation — leur retour est précieux. Le critère essentiel, c’est que chaque plat doit être fidèle à l’Amérique latine dans son âme, ses épices, ses associations… tout en gardant cette légèreté et cette fraîcheur méditerranéenne qui nous correspond. C’est cet équilibre-là qu’on cherche à chaque fois.

Est-ce qu’il y a une histoire personnelle derrière certains plats ?

Thalys : Oui, presque toujours. J’ai eu la chance de beaucoup voyager au cours de mes études, et ces voyages ont laissé des traces profondes dans ma façon de cuisiner. Certains plats sont nés d’une rencontre, d’une table partagée à l’autre bout du monde, d’une saveur découverte lors d’un séjour qui m’a marquée. D’autres sont inspirés de recettes que nos équipes colombiennes ou dominicaines ont partagées avec nous, leur propre mémoire culinaire qui enrichit la nôtre. La cuisine, pour moi, c’est rarement neutre. Derrière chaque assiette, il y a une émotion, une personne, un endroit. C’est ce qui lui donne son âme.

Quel message souhaites-tu transmettre aux jeunes qui liront cette interview ?

Thalys : J’ai 31 ans, et La Musa, je l’ai construite avec amour et passion — mais aussi avec beaucoup, beaucoup de travail. Je veux que les jeunes sachent que ces deux choses vont ensemble : on ne peut pas avoir l’un sans l’autre. L’amour du projet vous donne l’énergie, mais c’est le travail qui le fait tenir dans le temps. Ne sous-estimez jamais ce que vous portez en vous — vos origines, vos rencontres, vos goûts — tout ça est une richesse immense. Et surtout, osez construire quelque chose qui vous ressemble vraiment, pas ce que les autres attendent de vous. C’est là que la magie opère.

Merci beaucoup Diane pour la belle mise en lumière de La Musa, c’était un vrai plaisir d’échanger avec toi.

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